L'enthousiasme pour l'intelligence artificielle en Afrique masque une question fondamentale : qui contrôlera les infrastructures sur lesquelles repose cette révolution ? Un article publié le 26 juin 2026 par Al Jazeera examine les tensions croissantes entre l'attrait des investissements étrangers et la nécessité de préserver la souveraineté numérique du continent.

Depuis la réunion des ministres de l'Union africaine à Tanger en avril 2026, les gouvernements multiplient les stratégies nationales pour attirer les investissements et développer les infrastructures digitales. Le Nigeria, le Kenya, l'Égypte et le Ghana ont tous publié des plans nationaux en IA. Le Ghana qualifie même cette technologie de "capacité souveraine". Quarante-neuf pays, aux côtés de l'Union africaine, ont par ailleurs signé la Déclaration africaine sur l'intelligence artificielle, qui appelle à un financement coordonné et à des investissements dans les talents et l'innovation locaux.

Pourtant, le continent ne détient pas plus d'un pour cent de la capacité mondiale des centres de données, bien qu'il abrite environ 18 % de la population mondiale. Les cinq plus grands marchés africains réunis offrent moins de capacité que la France seule, et les problèmes d'approvisionnement électrique freinent l'expansion. Ce déséquilibre structurel place les gouvernements africains dans une position délicate lorsqu'ils négocient avec des géants technologiques étrangers.

Le projet d'un milliard de dollars impliquant Microsoft et G42 au Kenya illustre ces défis. Le président William Ruto a souligné les besoins énergétiques colossaux d'une telle infrastructure, rappelant que les retombées économiques doivent être mesurées contre les coûts énergétiques, financiers et stratégiques. Pour les analystes, la concurrence mondiale fragmentée entre États-Unis, Chine et Europe pourrait toutefois offrir aux pays africains un levier de négociation inédit.

Au-delà des infrastructures physiques, la question des données, de la surveillance et de la gouvernance numérique s'impose. Joseph Asunka, directeur d'Afrobarometer, insiste sur le fait que ces négociations ne doivent pas rester l'apanage des élites, sous peine de creuser un déficit de confiance qui freinerait l'adoption des services numériques. L'enjeu n'est donc pas de savoir si l'Afrique adoptera l'IA, mais à quelles conditions elle le fera.

 

 

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Article original publié sur Al Jazeera

Lien : https://www.aljazeera.com/news/2026/6/26/who-will-control-africas-ai-infrastructure-and-at-what-cost