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À Prague, la start-up Wultra vient de boucler un tour de table de série A de 6,8 millions d'euros pour déployer à l'international sa technologie d'authentification résistante aux futurs ordinateurs quantiques. Une opération emblématique de la course européenne pour sécuriser les identités numériques avant l'arrivée du redouté « Q-Day ».

L'Europe accélère sa marche vers la cybersécurité de l'ère quantique, et c'est une entreprise tchèque qui vient d'en apporter une nouvelle preuve. Wultra, fournisseur pragois de solutions de cybersécurité, a annoncé début juillet la clôture d'un tour de financement de série A de 6,8 millions d'euros, soit environ 7,7 millions de dollars. L'opération a été menée par le fonds de capital-risque français Seventure Partners, avec la participation des cofondateurs d'ARIADNEXT, Marc Norlain et Guillaume Despagne, ainsi que des investisseurs historiques J&T Ventures et Elevator Ventures, la branche d'investissement de la banque autrichienne Raiffeisen.

Concrètement, la plateforme développée par Wultra sécurise l'ensemble du parcours numérique d'un utilisateur, de l'ouverture de compte à la signature électronique qualifiée, en intégrant directement une cryptographie dite « post-quantique », c'est-à-dire conçue pour résister aux capacités de calcul futures des ordinateurs quantiques. L'enjeu est de taille : les experts redoutent des attaques dites « Harvest Now, Decrypt Later », consistant à intercepter et stocker aujourd'hui des données chiffrées avec les méthodes classiques, dans l'attente qu'un ordinateur quantique suffisamment puissant permette de les déchiffrer demain. Une menace d'autant plus pressante que l'intelligence artificielle facilite déjà la fraude à l'identité par deepfakes et médias synthétiques.

Cette levée de fonds s'inscrit dans une dynamique plus large de la stratégie quantique européenne. La Commission européenne avait adopté dès juillet 2025 sa stratégie « Quantum Europe », avec l'ambition de faire de l'Union un leader mondial du secteur d'ici 2030 et un « Quantum Act » attendu courant 2026 pour encadrer juridiquement ces technologies. Plus de onze milliards d'euros de financements publics ont déjà été engagés à l'échelle européenne et nationale, tandis que la France et l'Allemagne ont scellé une alliance pour coordonner leurs écosystèmes, portée par des pépites comme Alice & Bob, C12 ou Quandela. L'ANSSI française, de son côté, cessera de certifier les produits de sécurité dépourvus de cryptographie post-quantique dès 2027.

Avec ce nouveau financement, Wultra ambitionne d'étendre son empreinte mondiale, déjà forte de plus de 70 clients dans 25 pays, depuis son hub régional de Singapour vers les marchés fintech des États-Unis et du Moyen-Orient. La start-up mise notamment sur la conformité avec le futur portefeuille européen d'identité numérique et les nouvelles directives eIDAS 2.0, PSD3 et PSR1, en misant sur des authentifications sans mot de passe basées sur le standard FIDO2. Une illustration concrète de la manière dont l'Europe, souvent critiquée pour son retard dans l'intelligence artificielle grand public, entend au contraire s'imposer comme un pôle de référence sur la sécurité de l'ère post-quantique.