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L'Afrique ne peut pas manquer la révolution de l'intelligence artificielle. C'est le message porté par Aminata Touré, ancienne Première ministre du Sénégal, lors d'un entretien accordé au podcast RegulatingAI, enregistré à Madrid en marge du dialogue politique annuel du Club de Madrid.

Face à la montée en puissance mondiale de l'IA et à la domination des grandes puissances technologiques, l'ancienne cheffe du gouvernement défend une ambition forte : faire de l'Afrique un acteur stratégique de la nouvelle économie numérique, et non plus un simple consommateur de technologies importées. Selon elle, l'intelligence artificielle pourrait constituer l'un des plus puissants leviers de transformation économique du continent.

Un enjeu majeur traverse son propos : la gouvernance. Alors que plusieurs pays occidentaux s'efforcent de réguler l'IA face aux risques de désinformation, de manipulation politique ou de biais algorithmiques, Aminata Touré estime que l'Afrique doit forger son propre modèle réglementaire. Il s'agit, plaide-t-elle, de trouver l'équilibre entre innovation technologique, protection des institutions démocratiques et préservation des identités culturelles africaines.

La question des langues occupe une place centrale dans cette réflexion. Les modèles dominants restent largement centrés sur les langues occidentales, laissant de côté la richesse linguistique du continent. Intégrer les langues africaines dans les futurs systèmes d'IA devient dès lors une condition de souveraineté autant que d'inclusion : un outil qui ne parle pas la langue de ses utilisateurs ne peut prétendre les servir pleinement.

Au-delà de la technique, l'entretien révèle une mutation plus profonde. L'Afrique ne veut plus subir les vagues technologiques : elle entend les anticiper, les façonner et en tirer profit. Pour Aminata Touré, cela passe par une stratégie continentale de souveraineté numérique, mobilisant États, chercheurs, secteur privé et société civile autour d'une vision commune.

Le propos résonne avec les initiatives qui se multiplient sur le continent, du sommet de Kigali aux feuilles de route nationales sur l'IA. Un signal clair : l'Afrique veut passer du statut de spectateur à celui d'architecte de son avenir numérique.

 

 

Source

Média d'origine : OSIRIS (Observatoire sur les systèmes d'information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal)

https://www.osiris.sn/aminata-toure-l-afrique-est-capable-de-devenir-une-puissance-mondiale-en.html